"La pensée de l'homme, quel qu'il soit, poète, orateur, moraliste, politique, historien, est toujours la pensée de l'homme, c'est-à-dire l'émanation d'un être faillible et borné. Cette pensée ne jaillit pas au premier flot, ni a tous ses flots, limpide, sapide, incorruptible, digne d'être envasée dans les urnes du siècle pour abreuver le genre humain. Non, la pensée de l'homme le plus favorisé des dons du ciel est un torrent qui coule de plus ou moins haut en se creusant son lit plus ou moins profond dans la mémoire des autres hommes, mais qui coule toujours avec des écumes, des lies, des sables, qu'il faut bien se garder de recueillir avec l'eau du ciel. La pensée ressemble à ces fleuves de l'Amérique du Sud qui roulent çà et là quelques paillettes d'or au milieu d'un déluge de vase. Quand l'automne arrive, quand le fleuve baisse, quand l'eau tarit, le chercheur d'or descend dans le lit du fleuve, fait égoutter l'eau, tamise le sable, ramasse ce qui brille, jette au vent ce qui n'est que terre, et ne retire de tout ce débordement que ces rares paillettes pour grossir le trésor de l'humanité.
Voilà ce que [j'ai fait pour moi-même dans ce blog.] Faites comme nous, laissez couler l'eau surabondante ou trouble, laissez retomber le sable, et ne recueillez dans votre mémoire que ce peu d'or pur du coeur qu'on appelle un bon sentiment, un beau vers, une tendresse de famille, une larme d'émotion pour ce qui est bien, une pitié pour ce qui est mal, une contemplation pieuse de la nature, une admiration de son auteur, une résignation à ses decrets, une foi dans sa providence, une évidence de son immortalité."
Lamartine